13 juin 2006
La presse contre les Bleus ?
Et
ça continue. Ca chauffe à mort entre l’équipe de France et les médias.
« J’ai suivi l’équipe de France pendant 10 ans, ils ont cessé de
communiquer depuis 10 jours », disait Pierre Menès il y a quelques
jours dans 100% Coupe du Monde. Mais.... Et alors ?
Depuis hier, le niveau de tension est remonté de quelques degrés : l'Equipe
a publié la compo de l'équipe 24h avant le sélectionneur et c'est mal.
Comme toujours, les médias revendiquent le droit à la transparence
totale. Jouera ? Jouera pas ? Mais qu’a donc Malouda ?
Certes,
on peut critiquer un certain manque de cohérence dans la communication
(ou non-communication) domenechienne. Ne pas donner les raisons de
l’arrêt de Malouda ressemble plus à une volonté de se retrancher
derrière le secret médical qu’autre chose. On peut aussi se souvenir
que Domenech avait fait sienne la volonté de transparence
au cours des éliminatoires, expliquant à plusieurs reprises que les
adversaires savent tout de nous et qu’il n’y a rien à cacher.
Pourtant,
qu’est-ce qui devrait l’empêcher de changer d’avis et de stratégie ?
Encore une fois, les médias sont capables d’œuvrer contre les intérêts
de l’équipe dans le but de vendre du papier (et non de favoriser sa
réussite à terme ce qui serait pourtant l’intérêt convergent de la presse et de l’équipe – mais passons).
Et
on semble oublier un peu vite le lourd héritage de Roger Lemerre et
Jacques Santini, cauchemars des journalistes sportifs. Au contraire, la
composition du onze tricolore (Barthez, Sagnol, Gallas, Thuram, Abidal,
Vieira, Makélélé, Zidane, Ribery, Wiltors, Henry) ressemble en tout
points à ce que la presse réclamait depuis quelques jours.
Alors
que Pierre Menès disait dimanche dans 100% Foot « j’ai des preuves que
la compo de l’équipe contre l’Uruguay en 2002 a été faite pour emmerder
la presse », celle-ci pourrait avoir été faite pour s’acheter la paix
de la presse. Ce qui serait évidemment dommage, la seule et unique
raison valable de définir telle ou telle équipe étant sa compétitivité.
Mais
bref. Comme le disait Zidane hier en conférence de presse, l’équipe
avait déjà la presse contre elle en 1998 et cela, paradoxalement, lui
avait servi. Il serait assez retors de croire que Domenech provoque la
presse pour souder le groupe contre elle, mais quoi qu’il en soit,
l’essentiel est que le groupe se soude. Avec elle, contre elle ou sans
elle.
Folie ou génie ?
On glose beaucoup sur les débuts réussis de la coupe du monde et c’est vrai que ce qu’on en voit pour le moment ressemble à une belle fête : des stades pleins, de bons matchs, des buts marqués rapidement, des juges de touche qui ont enfin compris la valeur qu’ils pouvaient apporter à un match en cessant de lever le bras à tout bout de champ (je ne liste volontairement pas le nombre de buts, car avec 27 buts en 11 matchs soit 2,45 buts par match, c’est plutôt bien mais pas extraordinaire non plus). ![]()
Bref, c’est plutôt bien parti. Mais s’il y a une chose et une seule à retenir du début de la compétition, je retiendrai la « vision » de Jurgen Klinsmann. On en entendait parler depuis des mois : l’Allemagne encaisse beaucoup de buts et en marque beaucoup. Son sélectionneur applique le crédo du « je préfère gagner 4-3 que 1-0 ».
Effectivement, ce qu’on a vu contre le Costa Rica correspondait exactement à ce qu’on attendait : une grosse force de frappe offensive et une défense inquiétante. Klinsmann, dans ses interviews, défend bec et ongles cette vision du jeu que l’on croirait sortie des années 50. Un discours au goût suranné mais, en fait, follement rafraîchissant.
Si Klinsmann était brésilien, parlerait-t-on de la vision d’un artiste ? Est-ce notre germanophobie ? La presse française est très loin de rendre l’hommage mérité à vouloir défendre à tout prix le football offensif comme le fait Klinsmann depuis sa prise de fonction il y a deux ans.
Cette mise en application du tout-offensif n’a pas eu la publicité méritée d’abord car l’Allemagne n’avait, jusqu’à vendredi, joué que des matchs amicaux. Il est maintenant temps de voir en transparence le jeu allemand : un phare pour le football mondial. La prise de risque est énorme car les Allemands peuvent se planter à tout moment. Mais on a le sentiment, de la part de Klinsmann, qu’il œuvre plus pour l’esprit du jeu en général que pour l’intérêt de la Mannschaft.
Est-ce de l’altruisme ? Une responsabilité de pays hôte que la France avait refusé de prendre ? De la folie ou du génie ? Sans doute un peu des deux, car l’une n’est jamais très loin de l’autre. Oublions que cette philosophie est peut-être dictée par l’absence des ressources défensives nécessaires à bétonner derrière et regardons Klinsmann pour ce qu’il fait vraiment : de l’anticatenaccio. Merci, et continue : on va bien finir par l’aimer, l’Allemagne.
Malheureusement.
République
tchèque – USA, hier, 64ème minute du match. Alors que les tchèques
mènent 2-0, le numéro 17 américain, DaMarcus Beasley, avorte une action
tchèque qui aurait pu donner but. Jusque-là, rien que de très banal.
Thierry Roland : « Heureusement qu’il est revenu ». Rien que de très
banal également dans ce commentaire.
Mais dans les
commentaires de Thierry Roland – ou de n’importe qui d’autre -, s’il y
a une chose que je ne supporte pas, c’est ce « heureusement qu’il n’a
pas marqué ». Cet « heureusement » systématique, qui laisse entendre
que si le but avait été marqué, ç’aurait été un drame. Cet «
heureusement » mis à toutes les sauces, cet « heureusement » que l’on
applique indifféremment à une équipe puis à son adversaire.
Pourquoi
« heureusement » ? Pourquoi cette réjouissance du triomphe de la
défense sur l’attaque ? Pourquoi toujours se mettre à la place de
l’opprimé ? Pourquoi ne pas utiliser le « malheureusement » qui
traduirait plus justement ce que tous les commentateurs semblent
attendre du football : des buts, des buts, des buts ?
Simple
question de sémantique ? Simple réflexe défensif, réflexe de se mettre
à la place de celui qui a le plus à perdre ?
Pas sûr. Le beau discours
sur le beau jeu et les buts est un discours facile à tenir. Si
Thierry Roland ou d’autres commentateurs voulaient vraiment voir ce
beau jeu en application, ils devraient se réjouir de tous les buts
marqués et pleurer toutes les actions avortés. Ils devraient se mettre
à la place de l’attaquant et snober les défenseurs.
Peut-être
que le jour où le « heureusement » aura disparu, on sentira vraiment
l’envie de voir du beau jeu. Je suis curieux de savoir si les
commentateurs brésiliens utilisent le « heureusement » local ("felizmente")
lorsqu’une équipe réussit à ne pas encaisser un but. Question de
culture, sans doute.
Juste du sport... ?
Ca alors. Plusieurs papiers (Libé, l’Expansion), nous expliquent que la
coupe du monde n’a pas d’impact sur la croissance économique.
D’abord, en 1998, la coupe du monde n’aurait eu d’effet que sur le
moral des ménages et n’aurait été en rien responsable de la croissance
économique de l’époque. Ensuite, c’est cette coupe du monde allemande
dont on n’attendrait outre-Rhin « que de l’image » et pas de bénéfices
économiques (au niveau macro, évidemment).
Et bien moi je ne suis pas d’accord. D’abord, parce que je pense (pour
l’être un peu) que les économistes sont fondamentalement incompétents
et infoutus d’analyser ou de prévoir quoi que ce soit. Ensuite, parce
que c’est très mal de vouloir nous casser le moral en disant que la
coupe du monde ne sert à rien.
Alors messieurs les économistes, laissez-moi continuer à croire que le
football est le déterminant principal de la santé économique d’un pays.
Et que les grands champions méritent des salaires encore 10 fois
supérieurs. Après tout, avec la croissance économique entre leurs
mains, ils ont une responsabilité bien supérieure à la nôtre.
