Une question de vie ou de mort

"Football is not a matter of life and death. It's more important than this." Bill Shankly, entraîneur de Liverpool de 1959 à 1974

13 juin 2006

La presse contre les Bleus ?

ruka1Et ça continue. Ca chauffe à mort entre l’équipe de France et les médias. « J’ai suivi l’équipe de France pendant 10 ans, ils ont cessé de communiquer depuis 10 jours », disait Pierre Menès il y a quelques jours dans 100% Coupe du Monde. Mais.... Et alors ?

Depuis hier, le niveau de tension est remonté de quelques degrés : l'Equipe a publié la compo de l'équipe 24h avant le sélectionneur et c'est mal. Comme toujours, les médias revendiquent le droit à la transparence totale. Jouera ? Jouera pas ? Mais qu’a donc Malouda ?

Certes, on peut critiquer un certain manque de cohérence dans la communication (ou non-communication) domenechienne. Ne pas donner les raisons de l’arrêt de Malouda ressemble plus à une volonté de se retrancher derrière le secret médical qu’autre chose. On peut aussi se souvenir que Domenech avait fait sienne la volonté de transparence au cours des éliminatoires, expliquant à plusieurs reprises que les adversaires savent tout de nous et qu’il n’y a rien à cacher.

Pourtant, qu’est-ce qui devrait l’empêcher de changer d’avis et de stratégie ? Encore une fois, les médias sont capables d’œuvrer contre les intérêts de l’équipe dans le but de vendre du papier (et non de favoriser sa réussite à terme ce qui serait pourtant l’intérêt convergent de la presse et de l’équipe – mais passons).

Et on semble oublier un peu vite le lourd héritage de Roger Lemerre et Jacques Santini, cauchemars des journalistes sportifs. Au contraire, la composition du onze tricolore (Barthez, Sagnol, Gallas, Thuram, Abidal, Vieira, Makélélé, Zidane, Ribery, Wiltors, Henry) ressemble en tout points à ce que la presse réclamait depuis quelques jours.

Alors que Pierre Menès disait dimanche dans 100% Foot « j’ai des preuves que la compo de l’équipe contre l’Uruguay en 2002 a été faite pour emmerder la presse », celle-ci pourrait avoir été faite pour s’acheter la paix de la presse. Ce qui serait évidemment dommage, la seule et unique raison valable de définir telle ou telle équipe étant sa compétitivité.

Mais bref. Comme le disait Zidane hier en conférence de presse, l’équipe avait déjà la presse contre elle en 1998 et cela, paradoxalement, lui avait servi. Il serait assez retors de croire que Domenech provoque la presse pour souder le groupe contre elle, mais quoi qu’il en soit, l’essentiel est que le groupe se soude. Avec elle, contre elle ou sans elle.

Posté par adam kesher à 12:43 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Folie ou génie ?

On glose beaucoup sur les débuts réussis de la coupe du monde et c’est vrai que ce qu’on en voit pour le moment ressemble à une belle fête : des stades pleins, de bons matchs, des buts marqués rapidement, des juges de touche qui ont enfin compris la valeur qu’ils pouvaient apporter à un match en cessant de lever le bras à tout bout de champ (je ne liste volontairement pas le nombre de buts, car avec 27 buts en 11 matchs soit 2,45 buts par match, c’est plutôt bien mais pas extraordinaire non plus).

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Bref, c’est plutôt bien parti. Mais s’il y a une chose et une seule à retenir du début de la compétition, je retiendrai la « vision » de Jurgen Klinsmann. On en entendait parler depuis des mois : l’Allemagne encaisse beaucoup de buts et en marque beaucoup. Son sélectionneur applique le crédo du « je préfère gagner 4-3 que 1-0 ».

Effectivement, ce qu’on a vu contre le Costa Rica correspondait exactement à ce qu’on attendait : une grosse force de frappe offensive et une défense inquiétante. Klinsmann, dans ses interviews, défend bec et ongles cette vision du jeu que l’on croirait sortie des années 50. Un discours au goût suranné mais, en fait, follement rafraîchissant.

Si Klinsmann était brésilien, parlerait-t-on de la vision d’un artiste ? Est-ce notre germanophobie ? La presse française est très loin de rendre l’hommage mérité à vouloir défendre à tout prix le football offensif comme le fait Klinsmann depuis sa prise de fonction il y a deux ans.

Cette mise en application du tout-offensif n’a pas eu la publicité méritée d’abord car l’Allemagne n’avait, jusqu’à vendredi, joué que des matchs amicaux. Il est maintenant temps de voir en transparence le jeu allemand : un phare pour le football mondial. La prise de risque est énorme car les Allemands peuvent se planter à tout moment. Mais on a le sentiment, de la part de Klinsmann, qu’il œuvre plus pour l’esprit du jeu en général que pour l’intérêt de la Mannschaft.

Est-ce de l’altruisme ? Une responsabilité de pays hôte que la France avait refusé de prendre ? De la folie ou du génie ? Sans doute un peu des deux, car l’une n’est jamais très loin de l’autre. Oublions que cette philosophie est peut-être dictée par l’absence des ressources défensives nécessaires à bétonner derrière et regardons Klinsmann pour ce qu’il fait vraiment : de l’anticatenaccio. Merci, et continue : on va bien finir par l’aimer, l’Allemagne.

Posté par adam kesher à 12:36 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Malheureusement.

thierry_roland_coupe_du_mondeRépublique tchèque – USA, hier, 64ème minute du match. Alors que les tchèques mènent 2-0, le numéro 17 américain, DaMarcus Beasley, avorte une action tchèque qui aurait pu donner but. Jusque-là, rien que de très banal. Thierry Roland : « Heureusement qu’il est revenu ». Rien que de très banal également dans ce commentaire.

Mais dans les commentaires de Thierry Roland – ou de n’importe qui d’autre -, s’il y a une chose que je ne supporte pas, c’est ce « heureusement qu’il n’a pas marqué ». Cet « heureusement » systématique, qui laisse entendre que si le but avait été marqué, ç’aurait été un drame. Cet « heureusement » mis à toutes les sauces, cet « heureusement » que l’on applique indifféremment à une équipe puis à son adversaire.

Pourquoi « heureusement » ? Pourquoi cette réjouissance du triomphe de la défense sur l’attaque ? Pourquoi toujours se mettre à la place de l’opprimé ? Pourquoi ne pas utiliser le « malheureusement » qui traduirait plus justement ce que tous les commentateurs semblent attendre du football : des buts, des buts, des buts ?

Simple question de sémantique ? Simple réflexe défensif, réflexe de se mettre à la place de celui qui a le plus à perdre ?

Pas sûr. Le beau discours sur le beau jeu et les buts est un discours facile à tenir. Si Thierry Roland ou d’autres commentateurs voulaient vraiment voir ce beau jeu en application, ils devraient se réjouir de tous les buts marqués et pleurer toutes les actions avortés. Ils devraient se mettre à la place de l’attaquant et snober les défenseurs.

Peut-être que le jour où le « heureusement » aura disparu, on sentira vraiment l’envie de voir du beau jeu. Je suis curieux de savoir si les commentateurs brésiliens utilisent le « heureusement » local ("felizmente") lorsqu’une équipe réussit à ne pas encaisser un but. Question de culture, sans doute.

Posté par adam kesher à 12:32 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Juste du sport... ?

Ca alors. Plusieurs papiers (Libé, l’Expansion), nous expliquent que la coupe du monde n’a pas d’impact sur la croissance économique.

D’abord, en 1998, la coupe du monde n’aurait eu d’effet que sur le moral des ménages et n’aurait été en rien responsable de la croissance économique de l’époque. Ensuite, c’est cette coupe du monde allemande dont on n’attendrait outre-Rhin « que de l’image » et pas de bénéfices économiques (au niveau macro, évidemment).

Et bien moi je ne suis pas d’accord. D’abord, parce que je pense (pour l’être un peu) que les économistes sont fondamentalement incompétents et infoutus d’analyser ou de prévoir quoi que ce soit. Ensuite, parce que c’est très mal de vouloir nous casser le moral en disant que la coupe du monde ne sert à rien.

Alors messieurs les économistes, laissez-moi continuer à croire que le football est le déterminant principal de la santé économique d’un pays. Et que les grands champions méritent des salaires encore 10 fois supérieurs. Après tout, avec la croissance économique entre leurs mains, ils ont une responsabilité bien supérieure à la nôtre.

Posté par adam kesher à 12:30 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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