18 juin 2006
La vie en rose
Moment de vérité pour l'équipe de France, ce soir. Beaucoup d'experts se rassurent en estimant qu'elle va "monter en puissance physique". On positive comme on peut : j'entendais aussi Gérard Houillier dire que l'engueulade entre Zidane et Thuram et Galles au cours du premier match était positive car "cela montre qu'ils se parlent". Moui.
Ne disait-on pas déjà en 2002 ou en 2004 que l'impact physique des joueurs n'était pas un problème, que cela viendrait car les joueurs étaient préparés pour ? On est venu, on a vu, on a attendu. Cette équipe-là était cramée. Celle d'aujourd'hui lui ressemble.
Ce qu'on a vu, dans le jeu plus que dans le résultat, contre la Suisse, n'invite pas à l'optimiste. Comment une équipe affreusement lente et avec une telle aversion au risque pourrait-elle subitement se métamorphoser et accélérer le jeu : courir, jouer dans les intervalles, donner le ballon vite ? On imagine bien mal les Bleus réaliser une action à l'argentine...
La façon de jouer proposée contre la Suisse présente un avantage : conserver la maîtrise du ballon pour se mettre le moins en danger possible. Elle permet sans doute de passer le premier tour dans ce groupe. Mais pas d'aller loin. Pourtant, les Bleus ont bénéficié d'un tirage au sort on ne peut plus favorable. Beaucoup d'autres équipes aimeraient jouer la Suisse comme épouvantail de leur groupe, puis rencontrer une équipe issue du groupe Espagne - Ukraine - Tunise - Arabie Saoudite. Et la cagade inattendue de l'Ukraine est une opportunité inespérée pour le deuxième tour.
Je rejoins Sagnol quand il dit qu'il faut arrêter de se poser des question. Je rejoins Trézéguet quand il dit qu'il faut être plus joueur. Sans verser dans l'excès inverse et du tout-jeu, qui pourrait être dangereux contre une équipe vive et rapide comme la Corée. Mais il ne faudra pas tarder à jouer.
Je veux bien croire une dernière fois que tout va s'améliorer ce soir, mais je note qu'en 1998 et 2000, les Bleus avaient gagné en commençant fort et en se mettant en situation de faire jouer les coiffeurs au troisième match. Et ça, c'est déjà fichu.
Juste milieu
Willy Sagnol a posé la question du soutien populaire au cours de la conférence de presse de vendredi. Soutien populaire qu'on ne sent pas autour de l'équipe de France, "et ce ne sont pas que les médias" d'après lui.
En effet, le Français est snob. Il ne chante pas l'hymne national. Dans la plupart des autres pays qualifiés, le soutien populaire frise l'hystérie : drapeaux accrochés aux fenêtres, rassemblements populaires... En France, il y a l'excitation, mais on ne verra pas les drapeaux tant que les Bleux n'auront pas réalisé une grosse perf. C'est exactement ce qui s'était passé en 1998 où la pression populaire avait commencé à réellement monter après le match contre le Paraguay.
Pourquoi ? Parce que c'est la honte, parce que le Français est suiveur. Suiveur dans la victoire, suiveur dans la défaite. Les mêmes qui avaient envahi les Champs Elysées en 1998 ont été les premiers à faire circuler des pastiches moqueurs par e-mail, sitôt l'élimination de 2002. Souvenez-vous de l'affiche de Gazon Maudit où les visages de Zidane, Desailly et Barthez (?) avaient remplacé ceux des acteurs. Des dizaines de pastiches tout aussi peu drôles ont fleuri en l'espace de quelques heures seulement. En voici quelques autres retrouvés sur le net :



De toute façon, l'épopée allemande de l'équipe de France se finira comme cela, dans la moquerie ou dans l'euphorie. Mais sûrement pas dans l'entre-deux.
Le panache
Première victoire africaine hier dans cette coupe du monde (au bout de 7 matchs) - et honneur au vainqueur, le Ghana, qui bat la République tchèque 2-0 et relance le suspens dans le groupe E, le plus incertain de ceux où deux matchs par équipe ont été joués.
Alors s'il est de bon ton de souligner la belle performance ghanéenne, je voudrais m'attarder quelques lignes sur la belle performance tchèque.
Belle performance tchèque ? Une défaite 2-0 ? Une avalanche d'occasions ghanéennes en deuxième mi-temps, qui assure déjà à Cech de repartir comme un des meilleurs gardiens du mondial ?
Les tchèques avaient déjà fait forte impression contre les USA. Hier, les faits de jeu leur ont été défavorables. Comme cela arrive dans le football. Ils se retrouvent menés 1-0 très vite et en deuxième mi-temps, prennent tous les risques. Dans la logique de leur jeu plein de panache aperçu depuis l'euro.
Et quand on dit que l'équipe prend tous les risques, c'est accepter que l'équipe se coupe en deux. 5 devant, 5 derrière. Et pas pour les 5 dernières minutes, s'il vous plaît. Pour les 30 dernières minutes, au moins. En nous gratifiant de quelques belles remontées de balles, les tchèques nous ont encore bien fait plaisir. Avec un avant-centre un peu plus performant que Lockvenc et des circonstances un peu plus favorables, cela aurait pu payer.
Il est finalement dommage que les risques pris aient eu pour effet final de leur faire encaisser un deuxième but. Dans l'esprit du jeu, c'est un bel exemple que les hommes de Karel Bruckner nous ont offert : pour mieux marquer, aspirer l'adversaire devant ses buts en comptant gagner les duels pour remonter vite le ballon et profiter de la montée des adversaires. Le panache ne paie pas (toujours).
